Recherche

Ce lundi 8 septembre 2008, le bourgmestre proposera au Conseil Communal la fermeture des salons de prostitution du Quartier Cathédrale Nord. Voici la lettre que nous avons envoyées aux membre du Conseil Communal pour tenter de faire valoir les droits des personnes prostituées.
[Vous pouvez télécharger cette lettre au format PDF]

Voir également
Le point de vue de RTL
.
Le point de vue de RTC

Madame, Monsieur,

Ce mercredi 3 septembre 2008, le Bourgmestre convoquait notre association Espace P ainsi que l’association ICAR pour nous annoncer son désir irrévocable de procéder à la fermeture urgente des salons de prostitution situés rue de l’Agneau et rue du Champion.
Nous, travailleurs d’Espace P, aimerions dans ce courrier vous présenter les positions exprimées par M. le Bourgmestre lors de cette entrevue du 3 septembre et soumettre à votre analyse quelques éléments d’information issus de notre pratique du terrain riche de 20 ans d’action dans les divers milieux des métiers du sexe.
Précisons que si la presse rapporte les propos de M. le Bourgmestre selon lesquels la fermeture des salons se ferait en accord avec les associations de terrain, c’est qu’elle n’a pas recoupé l’information : nous y sommes farouchement opposés !

[Remarque liminaire : par « salons de prostitution », comprenez « bordels à vitrine »]

Les arguments de M. le Bourgmestre pour justifier la fermeture des salons de prostitution du quartier Cathédrale Nord étaient les suivants :
– Le Parquet et la Police « ne contrôlent plus rien ».
– L’autorité du Bourgmestre est narguée par les dealers qui oeuvrent à moins de 50 mètres de son cabinet.
– Il y a une forte pression immobilière sur le quartier Cathédrale Nord.
– Les commerçants et les habitants en ont marre.
– Les associations de terrain comme Espace P… et ICAR qui, comme le rappelle M. le Bourgmestre, sont suspectées par le sens commun d’être complices de la misère puisqu’elles en vivent, n’apportent aucune solution concrète aux problèmes du quartier.
– Les clients sont attirés par les vitrines, mais ceux qui n’ont pas assez d’argent se rabattent sur les prostituées de rue qui ont toujours un copain qui les pousse à faire ça, il faut donc supprimer la prostitution de vitrine pour mettre fin aux trafics de rue.

Les arguments de M. le Bourgmestre pour justifier le caractère urgent de la mesure étaient les suivants :
– Un rapport du Parquet dont il ne nous a lu qu’un extrait et dont le choix nous a paru pour le moins paradoxal puisqu’il exprimait le risque, en cas de fermeture des salons de prostitution, de voir passer les personnes prostituées dans la clandestinité.
– Les travaux du Conseil Communal Consultatif sur la Prostitution (rassemblant régulièrement la Police des Mœurs, la Substitut du Procureur, M. Mantovani et les associations de terrain spécialisées en prostitution) n’envisagent pas la création d’un Eros Center cogéré par le secteur associatif endéans 2 ans. Trop long.
– Il est plus facile de fermer un quartier de prostitution que de créer un Eros Center.
– Une fois qu’on est dos au mur, la seule solution qu’il reste est d’avancer.
– C’est comme ça ! De toute façon, ça sera voté lundi.

En réponse à cet exposé de M. le Bourgmestre, nous aimerions soumettre à votre analyse nos réflexions fondées sur une expertise du milieu de la prostitution riche de 20 ans d’action dans les quartiers chauds de Liège, de Bruxelles, de Namur et de Charleroi.

Voici donc quelques arguments d’Espace P CONTRE le projet d’éradication de la prostitution dans le quartier Cathédrale Nord :

– Le quartier Cathédrale Nord est un quartier qui a un réel besoin de revitalisation. Il est, pour beaucoup de gens qui y parquent leur voiture le premier point de contact avec la ville ; il est, pour beaucoup de gens qui y vivent ou y travaillent (en ce compris, les personnes prostituées), la cause d’un sentiment d’insécurité au quotidien. Plusieurs expérimentations urbaines montrent qu’il est tout à fait possible de rénover un quartier chaud, d’y accueillir des projets combinant habitat familial, commerces et autres activités économiques sans pour autant en éradiquer les personnes prostituées. On le voit à Anvers, on le voit dans plusieurs villes de Suisse et d’Espagne : les projets urbanistiques qui ne désignent pas des boucs-émissaires mais, au contraire, cherchent à intégrer toutes les dynamiques de la vie en société en proposant à chacun sa part du bénéfice collectif, créent les conditions d’un épanouissement citoyen durable. A contrario, le puritanisme et le prohibitionnisme, comme réponses à la prostitution et à la toxicomanie, condamnent une ville à la surenchère policière permanente, les causes de la détresse sociale ne disparaissant pas sur décret. La lutte réglementarisée et policière contre les phénomènes sociaux marginaux conduit par nature à une précarisation accrue des individus, on le remarque en Suède, aux Etats-Unis, en Russie, en Chine. Pensez-vous que Cathédrale Nord échapperait à cette mécanique ?

– Le quartier Cathédrale Nord est un quartier dans lequel se tiennent prostitution de salon (vitrines), prostitution de rue, vente et consommation de drogues. Mais l’observation d’autres lieux de prostitution montre qu’il n’y a pas de lien obligatoire entre ces différents phénomènes. A Seraing, à Hognoul, à Namur, à Anvers, et même, sans aller très loin, rue Varin, la prostitution en vitrine n’est nullement accompagnée d’une prostitution de rue telle qu’on la connaît dans le quartier Cathédrale-Nord. D’autre part, à Bruxelles, à Paris, dans de nombreux endroits d’Espagne, la prostitution de rue n’implique pas de trafic de drogues au grand jour ni de consommation en rue. Une analyse poussée de la spécificité du quartier Cathédrale Nord, associée à une volonté politique constructive, éventuellement expérimentale, pourrait à très court terme supprimer la proximité et la confusion entre ce qui est légal (la prostitution de salon, la prostitution de rue discrète) et ce qui ne l’est pas (le racolage actif, la vente et la consommation de drogues en rue). Nous suggérons par ailleurs depuis plus de dix ans l’installation d’une zone où la prostitution de rue ne constituerait pas une nuisance visuelle pour les riverains (il existe des procédures éprouvées pour contrer le phénomène NIMBY)et nous appuyons avec force les demandes des associations de réduction des risques en matière de toxicomanie pour que des lieux de consommation adaptés aux pratiques soient mis en place. Tout cela n’est pas une molle ritournelle du milieu associatif : partout où la volonté politique se permet d’oser, des solutions se dégagent et produisent des effets rapides. Nous pensons que l’énergie qu’il faudra déployer en moyens policiers pour assurer la dispersion et la dilution des activités illégales du quartier Cathédrale Nord vers le reste de la ville serait plus profitablement et plus durablement convertie en actions positives visant à organiser les phénomènes pour mieux les gérer. Certes, en matière de prostitution et de toxicomanie, nulle autorité communale ne désire se voir taxer de proxénète ou d’incitant à la consommation de drogues pour avoir proposé des solutions trop avant-gardistes… mais le milieu associatif liégeois n’est pas frileux et est prêt à s’impliquer pour mettre en place des moyens concrets et rapides pour restreindre les nuisances liées à la prostitution de rue et à la toxicomanie de rue sans passer par des solutions policières cache-misère de criminalisation de la détresse. Nous avons pu constater, au vu de sa détermination, que M. le Bourgmestre a les épaules qu’il faut pour bousculer les habitudes d’un quartier. Mais pourquoi aller, seul avec la police, dans le sens de la prohibition et de la répression quand, par ailleurs, il pourrait compter sur le soutien de tout le milieu associatif pour mettre en place une politique tout aussi radicale mais axée sur des actions constructives et durables ?

– Les rues de l’Agneau et du Champion où se trouvent les salons de prostitution visés par l’interdiction sont le lieu de travail de 150 personnes prostituées, toutes enregistrées et régulièrement contrôlées, sans exception, par les services de police. Elles constituent une population qui, de l’avis même de la police des mœurs que nous croisons souvent sur le terrain, est non-problématique en tant que telle. Elle est composée en majeure partie de mères de familles, indépendantes de toute forme de proxénétisme, sans lien avec le milieu de la toxicomanie. Elle aspire à une vie tranquille et discrète. Non comprenons difficilement, si le problème à régler réside dans les divers trafics qui se trament dans les rues avoisinantes, pourquoi il conviendrait de fermer les commerces de ces travailleuses du sexe qui n’ont rien à voir avec lesdits trafics. Nous craignons que les personnes prostituées travaillant en salon, dont les activités, rappelons-le, n’enfreignent ni le droit belge ni la réglementation communale liégeoise, soient sacrifiées au nom de l’inconfort visuel et sécuritaire que constituent les activités qui ont lieu alentour. Par ailleurs, nous ne voulons pas croire que M. le Bourgmestre puisse succomber à la tentation de faire place nette dans le quartier pour accéder aux souhaits des promoteurs immobiliers.

– Nous ne diabolisons pas la promotion immobilière et nous sommes conscients que des projets novateurs d’envergure ramenant du luxe et de la croissance dans un quartier frappé de morosité sont une aubaine que Liège ne doit pas laisser filer. Nous sommes prêts à mettre notre expertise du secteur et toute notre force de conviction pour, en partenariat avec les autorités communales et les promoteurs commerciaux et immobiliers, envisager les modalités de coexistence entre l’âme historique d’un quartier dédié depuis plus d’un siècle à la prostitution et les ambitions de rentabilité sans lesquelles la rénovation de Cathédrale Nord n’aura pas lieu. Oui, cela est possible. N’est-ce pas même, carrément, souhaitable ?

– Nous constatons, au vu de l’expérience suédoise, que la prohibition de la prostitution mûrement réfléchie, assortie de riches plans de requalification et décidée dans un souci de ne pas criminaliser les personnes prostituées n’a pas évité un désastre social et une régression drastique des conditions sanitaires de travail. Nous nous permettons donc de douter que la prohibition, même partielle, planifiée dans l’urgence, produise des effets moins dévastateurs.

LES DEMANDES D’ESPACE P :

– Nous demandons à M. le Bourgmestre, aux membres du Conseil Communal et à tous les Liégeois soucieux de justice sociale de refuser la mise au ban des travailleuses du sexe exerçant dans les rues du Champion et de l’Agneau.

– Nous demandons que les personnes prostituées de rue, qui à Liège sont à plus de 95% en proie à des problèmes de toxicomanie, soient orientées vers un lieu où elles pourront exercer leur activité à l’abri du harcèlement policier.

– Nous relayons la demande des associations de réduction des risques en matière de toxicomanie, de voir ouvrir des lieux de consommation de drogues adaptés aux pratiques.

– Nous demandons que ne soit envisagée la solution extrême de fermer ces deux rues à la prostitution qu’à la condition qu’un lieu de travail alternatif de type Eros Center ou autre ait été mis en place entre temps.

L’équipe des travailleurs d’Espace P

P.S. : D’un point de vue plus général, en vrac et pour votre information :

– La prostitution est légale en Belgique. Il est faux de parler de tolérance qui sous-entendrait qu’elle serait interdite en théorie et acceptée dans les faits. Seuls le racolage, le proxénétisme et la prostitution auprès de clients mineurs sont interdits.

– En droit belge, le racolage est un acte concret de sollicitation et d’incitation à la débauche. Attendre qu’un client vous demande si vous vous prostituez ne constitue nullement un délit. Par contre si vous lui suggérez vous-même de se livrer à la débauche, vous êtes condamnable… Dans la pratique, Espace P n’a jamais eu vent de la moindre condamnation pour racolage à Liège.

– L’opération de lutte contre la vente de drogues en rue qui s’est tenue le 26 juin dernier sous les acclamations des habitants et des commerçants du quartier Cathédrale Nord a produit des effets visibles dont on ressent encore les bénéfices aujourd’hui : la vente et la consommation de drogues au grand jour se sont considérablement réduites. Nous avons du mal à croire que la conclusion à tirer d’une telle opération soit, comme le suggère M. le Bourgmestre, que la « Police et le Parquet ne contrôlent plus rien ».

– L’association Espace P…, fondée en 1988 sous une première appellation «Prévention-Sida-Prostitution», est totalement indépendante des milieux politiques, composée exclusivement de professionnels du secteur psycho-médico-social et notre vocation est d’apporter un soutien psychologique, médical, social, administratif et juridique à toutes les personnes prostituées, dans une approche non-jugeant

19 commentaires pour “Fermeture des salons de prostitution à Liège : ce que vous ne devriez pas ignorer…”

si vous saviez tout se qui s y passe! j ai passer mes meilleurs moment la!

C’est une aberration de comparer le quartier cathédrale nord à des quartiers chauds de villes comme Anvers.

Comme vous le dites, c’est le point d’entrée de la ville. Il est temps de procéder à une rénovation complète de cet ilot insalubre.

La ville de Liège lance un signal fort aux investisseurs et aux liégeois qui en ont marre de la crasse. Le raccolage est bien réel sur la place cokerill et assez dérangeant pour tous les gens de passage.

Avant de devenir un quartier chaud agréable, le Schipperskwartier d’Anvers était aussi crasseux et problématique que Cathédrale Nord. Il y a pourtant eu une volonté politique d’intégrer les prostituées au bénéfice de la rénovation du quartier. Non pas par morale pro-prostituée mais simplement par réalisme politique : interdire toute visibilité du phénomène revient à l’abandonner aux lois de la clandestinité. Anvers n’a pas voulu prendre ce risque là. Le résultat, de l’avis de la plupart des gens fréquentent le quartier ou y vivent, est une réussite.

Je comprends tout à fait la réaction du Bourgmestre. Ca fait des années que ce quartier pue et n’amène rien de bon.
Le terme est dur, mais il faut nettoyer tout ça.

Aucune mesure n’a été prise dans ce sens. Seule la fermeture des salons de prostituion a été votée. Il serait naïf d’imaginer qu’un effet domino magique puisse transformer ce quartier chaud en quartier chic du simple fait de cette fermeture.

Si vous publiez mon commentaire, gardez plutôt celui-ci où j’ai corrigé quelques fautes d’attention :)
J’aimerai connaître vos sources pour la Suède. Les miennes disent exactement le contraire… La Norvège, la Finlande et l’Ecosse viennent d’adopter les mêmes lois, ils devaient avoir les mêmes sources que moi…
Respecter les femmes qui se prostituent, c’est leur permettre ne ne pas se prostituer. Et ne pas être dupe de leurs discours sous influence ou/et aliéné.
Avez-vous parlé avec Yolande Grenson, ex-prostituée à Anvers, qui a créé une association “Pandora”?
Et la thèse du Docteur Trinquart sur la décorporalisation dans la pratique prostitutionnelle, l’avez vous lue?
voir ici : http://ecvf.online.fr/IMG/pdf/Trinquart.pdf.pdf

La prostitution est un archaïsme et une barbarie qui empêchent l’accès à l’égalité hommes-femmes, appellent le trafic des êtres humains, notamment celui des enfants, en amplifiant la demande.
Les clients ont tout à gagner à être contraints de trouver d’autres solutions à leur frustration. Louer une femme qui n’a ni désir d’eux, ni plaisir avec eux, qui subit ou plus certainement est obligée, c’est le contraire de la masculinité. C’est le sexe employé comme arme d’oppression sexiste. C’est de plus une solution très provisoire et toujours insatisfaisante pour le client. (lire “les clients de la prostitution” de Saïd Bouhamama et Claudine Legardinier).
Qui défend le droit des femmes pauvres à se prostituer? Ceux qui y ont un intérêt : les proxénètes, les clients.
Ceux qui n’y vont pas mais veulent que des lieux où l’infériorité de la femme est officialisée continuent à exister. Ceux qui sont indifférents à la souffrance de leur prochain. Et enfin, ceux qui ne savent pas, se contentent des idées reçues, et là, de la méconnaissance naît la tolérance…
Je vous engage à parler avec Raymond Viger, travailleur social avec les prostituées au Québec. Il a longtemps cru que légaliser était la meilleure solution pour protéger ces femmes avant de devenir abolitionniste en constatant les dégâts physiques et psychologiques de la pratique de la prostitution “choisie” ou non…
Je suis ouverte au dialogue.
Cordialement.

Respecter les femmes, selon nous, cela consiste d’abord à accepter leur parole lorsque celle-ci est en désaccord avec notre propre vision d’une société idéale. Considérer qu’une femme est sous influence ou aliénée sous prétexte qu’elle réclame le droit de se prostituer dans de meilleures conditions, voilà bien une attitude victimisante et stigmatisante contre laquelle se battent des dizaines de milliers de personnes prostituées en Europe et, avec elles, des dizaines d’associations.

Le portrait très dramatique de la prostitution que vous brossez dépeint une partie de la réalite, nous la rencontrons tous les jours dans notre travail de terrain. Mais ce portrait devient aussitôt un discours idéolgique inacceptable dès lors que vous niez l’existence des personnes pour qui la prostitution se présente comme une solution et non comme un problème.

Il n’y a pas un grand complot qui vise à vous faire croire qu’un nombre considérable de femmes et d’hommes exercent librement et volontairement la prositution. Des femmes et des hommes qui ont choisi les métiers du sexe, nous en rencontrons également tous les jours. L’on en rencontre même par milliers lors des manifestations internationales des travailleurs du sexe.

Nous connaissons Pandora et Yolande Grenson. Le discours de Pandora trouve un écho favorable auprès de certaines personnes et c’est très bien ainsi. Mais beaucoup d’autres personnes ne se reconnaissent pas dans leur analyse de la prostitution.

Nous constatons par expérience que la plupart des personnes séduites par l’abolitionnisme ou le prohibitionnisme le sont de très bonne foi et dans la très louable intention de promouvoir l’équité homme-femme, bouleversées qu’elles sont à l’écoute de récits-vérités tout à fait dramatiques. Il n’empêche qu’à côté de cela, des femmes et des hommes exercent leur prostitution, discrètement, sans problème et réclament pour ce faire le droit d’accéder à de meilleures conditions de travail. Ne pas entendre cet appel nous paraît aussi dommageable que de nier aux victimes de la traîte des être humains le secours auxquelles elles aspirent. Ce sont des réalités différentes.

Nos sources pour la Suède ? Plusieurs conférences, dès 2002, tenues par les associations de terrain suédoises. Les témoignages de la police locale confirmant les exodes frontaliers des prostituées. Vous trouverez aussi de nombreuses évocations de ces phénomènes en vous intéressant aux conférences internationales des travailleurs/euses du sexe comme celle qui s’est tenue à Bruxelles en octobre 2005 ou en lisant les documents des associations réunies par les manifestations “parapluies rouges” sur http://www.sexworkeurope.org/

Quant à la thèse du Dr Trinquart, elle érige en norme un phénomène que nous ne rencontrons que marginalement. Qui plus est, il s’agit d’une thèse clairement orientée : quand on part d’un définition de la prostitution telle que “Prostitution = effractions corporelles répétées et régulières” sans autres formes de procès, on passe à coup sûr à côté du vécu d’une frange considérable de la population des personnes prostituées. La preuve de l’invalidité de cette thèse, du moins en Communauté française, est que notre association Espace P… trouve un écho favorable auprès de la plupart des personnes prostituées dans le cadre de ses actions de promotions de la santé. Voyez notre rapport d’activités : nous avons entamé la vaccination contre l’hépatite B de plus de 1000 personnes prostituées en Commmunautré française par exemple. Cele ne ressemble pas à un refus généralisé de soins tel que le décrit le Dr Triquart.

Il est évident qu’il faut accepter leur parole, les entendre. Oui, mais il faut se demander ce quelles fuient dans notre monde pour se sentir mieux dans le monde de la prostitution qui est un monde de mépris et de violence. Une femme qui se remplit de nourriture, on appelle ça une boulimique et c’est une pathologie, une femme qui loue ses orifices naturels plusieurs fois par jour tous les jours, on appelle ça une prostituée et ce ne serait pas une souffrance psychologique ? Oui, elles sont victimes de la société inégalitaire qui est la nôtre et de leur vécu objectivant.

Oui, pour certain(e) s, c’est une solution, une solution de non-choix, mais c’est quand même toujours un problème. Où se trouve leur intimité ? Quelle confiance peuvent-elles encore avoir dans les hommes ?

Quelle femme peut envisager la prostitution comme solution ? Il y a tant de pauvres, pourquoi plus de femmes ne choisissent t’elles pas de se prostituer ? Parce que pour pouvoir le faire, il faut avoir une faible estime de soi, il faut avoir été nié dans sa sexualité et son désir dans l’enfance. Pourquoi envisage t’on t’on si facilement que ce soit une « solution » quand il s’agit de pauvres ou d’étrangers ? Alors, pourquoi ne propose t’on pas ce travail aux petites filles à QI faible qui se s’en sortent pas à l’école ?

Voilà ce qu’en dit Charles Melman, psychiatre et psychanalyste belge, fondateur de l’association lacanienne internationale :
« celles qui se prostituent sont celles qui n’ont pas étés comme enfants symboliquement reconnues. Symboliquement signifie quelque chose de très précis malgré le caractère abstrait du terme. Cela veut dire que ce sont des enfants qui n’ont pas étés reconnus comme le fruit d’un désir accepté, consenti et partagé par les deux partenaires du couple…Le désir, qui les a causés, est un désir qui a été mal assumé, mal accepté, qui a pu paraître une erreur, un accident, voire n’a pas été un désir du tout. Autrement dit, ce sont des enfants dont la présence a été en général ramenée à ce que j’appellerai dûment « leur poids de chair ». Et c’est à ce titre, qu’ils vont en quelque sorte se trouver propulsés dans l’existence, dans la mesure où n’ayant pas été symboliquement reconnus, ils vont chercher à se faire reconnaître, je dirais… dans le réel
Elles cherchent alors à se faire reconnaître dans la réalité comme un objet de désir »

L’Ecosse ne s’est pas basée sur des conférences de l’un ou l’autre bord, forcément orientées, mais a demandé à une université londonienne de réaliser une analyse exhaustive des effets des politiques gouvernementales sur la. prostitution dans divers pays. En plus d’étudier les mesures prises par la Suède, les chercheur-es se sont penché-es sur diverses stratégies de légalisation ou de réglementation de la par prostitution exemple, sur les expériences de l’Australie, de l’Irlande et des Pays-Bas

Quelques prostituées, plus cultivées, poussées par le milieu, s’expriment et revendiquent leur choix, que cela ne fasse pas oublier toutes les sans voix. Défendre la liberté de quelques-uns au détriment du plus grand nombre ?
Et, revendiquer, n’est ce pas la seule façon de retrouver une position de sujet et se trouver une autre valeur que marchande ?

Oui, la prostitution « libre » amplifie la demande qui crée le marché des êtres humains puisque les prostituées “libres” ne suffisent pas aux consommateurs qui veulent toujours du plus neuf, du plus jeune, du plus exotique….

Prostitution = effractions corporelles répétées et régulières” La prostituée ne désire pas être pénétrée sexuellement, son corps n’est pas désirant, avec les modifications physiologiques qui accompagnent le désir, donc, il y a bien effraction. C’est répété et régulier. En quoi n’êtes-vous pas d’accord avec cette affirmation ?

Je termine par une phrase de Jorge Barudy, psychiatre, psychothérapeute et thérapeute familial, formateur en thérapie familiale et intervention sociale, systémique au programme de formation de l’Université Catholique de Louvain. Il est, en outre, responsable clinique de l’équipe SOS-Enfants-Familles de la Clinique Universitaire Saint-Luc, ainsi que superviseur et consultant des programmes de prévention et traitement de la maltraitance en France, Espagne, Belgique et Amérique Latine : “La prostitution est à la société ce que l’inceste est à la famille”

Barudy et Melman sont belges, spécialistes de l’être humain, de sexe masculin, et pensent différemment de vous…

La politique belge au sujet de la prostitution est sexiste, peu courageuse et ultralibérale.
La prostitution sert à certains hommes (les clients), aux commerçants du sexe, mais en aucun cas aux prostituées ni à la société. Tant qu’un homme pourra aller au bordel comme il va au car-wash, il considèrera les femmes comme utilitaires, dans tous les secteurs.
Je ne veux pas d’une société où tous les hommes sont des clients potentiels et toutes les femmes des prostituées potentielles…

Je constate que la question du client vous embête. Vous n’avez rien à en dire ?

Il est parfois utile de se détacher des citations de la littérature médicale ou psychiatrique/psychanalytique, celles-ci ne renvoient par essence qu’aux situations problématiques. D’un point de vue déontologique et scientifique, il est extrêmement suspect de généraliser les caractéristiques d’une corporation tout entière au départ de cas spécifiques. Ce n’est pas la médecine ni la psychiatrie qui auront le dernier mot sur les questions que nous traitons ici : c’est la sociologie. Or il se trouve que peu (et c’est un euphémisme) d’études sociologiques ont abordé la question de la prostitution. Hors de cela, toute tentative de réduire un tel phénomène de société à une simple équation de frustration psychologique est un véritable braquage idéologique.

Vous procédez un peu de la sorte, sans malice j’en suis convaincu, lorsque vous prétendez poser une question : « il faut se demander ce qu’elles fuient dans notre monde». Dans le fond, vous ne posez pas une question, vous faites une affirmation : elles fuient quelque chose. Je n’ergoterai pas plus loin dans ce sens, mais je désire de la sorte attirer votre attention sur le mécanisme suivant : Parce que nous sommes tous des êtres humains, parce que la sexualité fait partie de notre structuration la plus intime et parce que nous connaissons tous la prégnance de l’argent dans notre société, nous pensons tous avoir une certaine expertise pour évaluer le monde de la prostitution ; cela constitue en fait le terreau le plus favorable qui soit à la multiplication des préjugés et des idées reçues. Si vous rapportez cela à la lente évolution du statut de la femme dans notre société machiste, vous avez en plus tous les éléments qu’il faut pour instrumentaliser la prostitution et la vie des personnes prostituées à des fins qui ne sont, finalement, plus du tout en rapport avec les intérêts des personnes prostituées elles-mêmes.

Dans notre approche du travail de terrain, nous avons fait le pari de ne pas agir au bénéfice d’une idéologie sociale mais au seul bénéfice des personnes prostituées. Et pour cela, il s’est avéré beaucoup plus efficace, non pas de leur proposer des moyens pour sortir de la prostitution, mais de répondre à leurs demandes les plus urgentes. Certes, certaines désirent arrêter et cela fait partie des réponses que nous apportons, mais cette demande est minoritaire. Après, l’on peut-y mettre le charabia théorique, scientifique, idéologique et politique que l’on veut, mais la réalité est là : la majorité des personnes prostituées n’est pas en demande d’alternative à la prostitution.

N’y a-t-il rien à faire en amont, à titre préventif ? Bien sûr que si. Meilleure formation, plus d’équité, moins de discrimination entre les sexes, entre les origines sociales… Dans le fond, ne sont-ce pas déjà les grands chevaux de batailles des sociétés modernes ? Alors en attendant que cette société plus juste trouve ses voies, nous, travailleurs de terrain, prenons l’option de ne pas nous perdre en lamentations : nous agissons ici et maintenant.

Il ne suffit pas qu’une règle mette les personnes prostituées ou les clients hors-la-loi pour que s’évanouissent les raisons de se prostituer. Condamner les personnes prostituées elles-mêmes, comme aux Etats-Unis, nous semble être une aberration puritaine au vu des effets produits. Condamner le client comme en Suède nous semble être un artifice de pseudo-responsabilisation du client qui en réalité produit exactement les mêmes effets que la prohibition américaine : la précarisation des conditions de travail.

La question du client ne nous embête pas, mais nous n’avons l’habitude de parler que de ce que nous connaissons. Or le client reste le plus méconnu des acteurs du phénomène de la prostitution. Nous sommes par ailleurs la seule association de terrain à proposer des services d’aide et d’information également aux clients, dans le but notamment d’assurer une prévention plus efficace des MST et une promotion des comportements respectueux. Nous avons cependant du mal à toucher suffisamment systématiquement cette population dans nos actions.

Nous ne cherchons pas la culpabilisation du client. Un client respectueux fréquentant une personne qui se prostitue librement… Où est le problème ? Il y a par ailleurs tout ce qu’il faut dans le code pénal pour condamner les clients lorsque ceux-ci sont violents. Il reste par contre un énorme travail à effectuer auprès des services de police pour que ceux-ci prennent conscience qu’une personne prostituée n’est pas différente d’une autre lorsqu’elle est victime de violence, et notamment sexuelle. Mais les choses progressent malgré tout, petit à petit, d’après notre expérience. Et nous oeuvrons dans ce sens.

Quant à vous, vous ne parlez que des femmes prostituées. Je vous rappelle qu’entre 10 et 15 pourcents des personnes prostituées sont des hommes. Ce qui ne change rien à la question vu que leurs vécus sont tout à fait similaires. Mais soit, je tenais à ce vous preniez conscience que quand nous parlons de personnes prostituées, nous intégrons aussi les hommes dedans.

En quoi nous ne sommes pas d’accord avec l’assimilation de la prositution à une effraction corporlelle ? Parce que de très nombreuses personnes prostituées ne le vivent pas ainsi, tout simplement. Vous semblez d’ailleurs croire que le corps n’étant pas dans le désir, cela suffit à établir la notion d’effraction… cela survalorise un peu naïvement la fonction de la sexualité non tarifée qui n’a pas, comme vous le prétendez, que la vocation de combler un désir mutuel. D’autres enjeux sont à l’oeuvre dans les actes sexuels consentis et non rémunérés (dans le “couple” par exemple, mais pas seulement) qui n’ont rien à voir avec le désir et qui permettraient alors d’étendre votre notion d’effraction corporelle à d’autres situations que la prostitution.

Enfin : “Quelques prostituées, plus cultivées, poussées par le milieu, s’expriment et revendiquent leur choix”, pouvez-vous citer un seul exemple de ces prostituées revendicatrices qui sont “poussées par le milieu”. Voyez les écrits de Grisélidis Réal : elle a assez donné de sa personne, contre les proxénètes, contre la sociéré, contre ses collègues parfois, pour qu’on ne puisse pas affirmer une telle chose. Quant aux nombreuses personnes prostituées libres qui revendiquent leurs droits dans dans les manifestations des parapluies rouges un peu partout dans le monde, ou chez nous à Espace P… ou en France chez lesputes.org, ou au Canada chez stella.org ou aux états unis chez bayswan.org, voyez-vous, là également, la main d’un milieu qui les pousse ? Soyons sérieux, on est loin de la situation que vous décrivez : ce ne sont pas les personnes qui revendiquent le droit de travailler dans de meilleures conditions qui étouffent la parole des “sans-voix” : les personnes “renvendicatrices” sont très nettement minorisées dans les médias et dans l’attention des pouvoirs politiques au profit d’une vision victimisante promue par des spécialistes autoproclamés, moralisateurs et ignorants des diversités du métier.. Mais peut-être la voix des revendicatrices vous paraît-elle plus dérangeante.

Vous accumulez les contre-vérités ou des preuves de votre non-connaissance de certains sujets : la psychanalyse ne parle pas des situations problématiques, mais du fonctionnement du psychisme humain. Les prostituées font partie des êtres humains, non ?
Quant à la sociologie, Richard Poulin, professeur de sociologie à l’université d’Ottawa, a énormément travaillé sur le sujet : quelques publications : »Les enfants prostitués » « La mondialisation des industries du sexe » « Prostitution, la mondialisation incarnée » etc. Je suis certaine que vous le connaissez. Il a été invité dans beaucoup de pays européens mais jamais en Belgique.
Les clients pensent trouver la solution à leur frustration sexuelle (et non psychologique) en louant une femme. C’est une conséquence d’une construction inachevée de leur masculinité. Un homme « normalement » construit, a 2 solutions à la frustration sexuelle : la masturbation et la sublimation (les femmes aussi qui adoptent presque toutes ces solutions). Aller se masturber dans une femme, ce n’est pas de la sexualité, c’est du sexe, et parce que c’est contre paiement, c’est du commerce. Pourquoi ne fréquente t’il pas un club d’échangisme ? C’est gratuit et libre. N’est-ce pas la non-transitivité et la soumission qui lui procure sa jouissance avec une prostituée? Jouissance d’ailleurs toujours décevante dont il rend la prostituée responsable…
Vous agissez au bénéfice de la société patriarcale en favorisant la vente des corps surtout féminins (et d’hommes car les hommes prostitués le sont aussi pour des hommes, ainsi que les trans, les enfants etc.) Travailler dans l’urgence comme vous le dites n’apporte que des solutions d’urgence, sans bénéfices durables, même pas pour le client (seuls les commerçants du sexe y font fortune).
Vous ne connaissez pas « le client »? D’autres s’y sont intéressé, voici des études très bien documentées :
Le rapport Mansson, pas neuf :
http://www.sosfemmes.com/sexwork/doc/mansson_trad.pdf

Un livre récent :
Les clients de la prostitution (Saïd Bouhamama, sociologue et Claudine Legardinier, journaliste)
http://www.amazon.fr/clients-prostitution-lenqu%C3%AAte-Sa%C3%AFd-Bouamama/dp/2750902053/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1224918881&sr=8-1

Ils fréquentent aussi de nombreux forums où ils cotent les filles, détaillent leur prix et leurs prestations, les décrivent et échangent les bonnes adresses… (je n’en ferai pas la pub)

Le monde diplomatique s’y intéresse.
: http://www.monde-diplomatique.fr/2006/07/CHOLLET/13626

Votre comparaison de la passe et du « devoir conjugal », ne résiste pas à un minimum d’analyse. Oui, il arrive qu’une femme ait des relations sexuelles sans désir avec son partenaire. Mais, à la différence de la passe, c’est dans le cadre d’une relation générale de couple, ce n’est pas 10 – 15 fois à la suite, c’est toujours avec le même homme. De plus, cela arrive pour les hommes aussi, ni moins ni plus par confort domestique. La vie de couple ne sera jamais parfaite ni l’assurance d’une vie épanouissante. Mais le fait que la perfection n’existe pas autorise t’il pire?
Dans la pratique prostitutionnelle, le problème est la conjonction de ces différents critères : pas de désir, avec des inconnus et de manière répétée.

Votre argument fait partie, le savez-vous, de ce que disent les proxénètes pour convaincre les filles : tu vas te faire payer pour ce que les autres font gratuitement.…

Attendre une société plus juste ? Elle n’arrivera pas toute seule, et votre politique la freine. Tous les progrès sociétaux se sont faits par les lois : le droit à l’avortement, le droit des femmes de voter… La loi précède le changement de mentalité.

Les prostituées ne vivent pas l’effraction sexuelle, dans les sens qu’elle ne le ressente pas comme tel, évidemment, ce serait insupportable! Il y a un mécanisme inconscient de protection qui se met en place : le clivage, qui leur permet d’anesthésier leurs sensations corporelles. Quand elles sont sorties de la prostitution, elles peuvent en parler.
Comment pouvez-vous croire d’office la parole des « actives » et décrédibiliser la parole de celles qui en sont sorties?

Vos propos montrent à quel point vous manquez de connaissances de base en psychanalyse, mais si vous le voulez, il n’est jamais trop tard pour apprendre.

En 1975, Ulla, chef de file des prostituées de Lyon, se clamait libre de tout proxénète et défendait haut et fort le droit à un travail non criminalisé.
Aujourd’hui, elle reconnaît qu’elle était maquée, comme 98% des filles, dit-elle, et que c’était son souteneur, qui en avait assez des amendes pour racolage, qui a organisé la manifestation. Elle était la seule à avoir son bac.

Comment pouvez être certain qu’une prostituée est « libre » et non « sous influence »? Vous faites une enquête, ou vous la croyez sur parole?
Le fait qu’une prostituée ait commencé mineure ne change t’il pas votre vision de sa liberté de choix ? (l’âge moyen d’entrée en prostitution est 14 ans)

Moi non plus je ne crois pas à la possibilité d’une soumission totale des pulsions sexuelles à la raison et à la Loi, le monde n’est pas parfait, les déviances sont nombreuses ; le viol et la pédophilie existeront toujours, faut-il les réglementer? Une pulsion ne doit pas être concrétisée !
Sans surprise votre défense de la prostitution est basée sur l’idée pseudo-scientifique totalement fausse de la soi-disant irrépressiblité de la pulsion sexuelle masculine. Le même argument était évoqué pour refuser la pénalisation du viol. Une pulsion irrépressible est une pathologie (pédophilie par exemple). Le client de la prostitution souffre, quant à lui, d’une pathologie de la relation homme-femme, le sexe étant utilisé ici comme instrument de domination sur une femme, qui est alors la victime expiatoire pour les autres femmes, vécues comme dangereuse par ces hommes peu sûrs de leur masculinité

. Moi non plus je ne mets pas votre honnêteté en doute. Je ne pense pas arriver à vous convaincre, j’espère seulement avoir semé la petite graine du doute et de la remise en questions des vos certitudes. Et de vous pousser à vous interroger sur leur éthique.

Je vous rappelle que la Belgique a pourtant signé la convention des Nations Unies de 1949 : « La prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine ».

J’arrêterai là cet échange apparemment stérile, j’ai dit l’essentiel et je vous remercie de m’avoir permis de l’exprimer ici.

Cordialement.

Lora

Soit.
Au plaisir.
Quentin Deltour

Du 02/97 au 11/07, j’ai étè une prostituée à liege, sur le trottoir et ensuite en vitrine, bète j’étais, j’avais peur d’arrêter, peur de l’inconnu, de ce qui allait se passer ”après”, je croyais que tout, mon monde tournait autour de ”ça”. Aujourd’hui 1 an est passé, j’ai changé physiquement, déménagé, commencé une formation, ai acquis confiance et responsabilité d’autrui, personne ne sait, pourtant de sombres images me hantent encore quotidiennement, j’ai parfois honte de ce que j’étais devenue, de ce que j’ai failli être, du mal fait à la seule personne de ma famille qui était au courant, et enfin avoir perdu tant d’années juste par peur de ”l’après”. Il y a quelques mois, j’ai appris l’arrèt de la prostitution cathèdrale-nord et je ne sais que penser bien-sûr pour certaines plus anciennes cela va être très difficile mais pour les plus jeunes qui peuvent encore changer de cap à 360° totalement, pour enfin pouvoir parler de son travail sans être traitée de garce, de salope, de femme sale.
Avant moi aussi, je disais ”je suis prostituée et j’en suis fière ou non je n’arrêterais pas ” non non c’ est maintenant que je suis fière de moi et enfin ”demain” ne me fait plus peur.
Si quelque chose doit faire peur, c’est d’ouvrir sa porte à n’importe qui et coucher pour une somme quelle qu’elle soit. Pas redémarrer sa vie, peu de personnes ont cette chance, je l’ai eue comme certaines l’ont ou vont l’avoir et je fais tout pour ne pas là gâcher. Enfin ceci est mon avis et est tout à fait personnelle.

Bonjour Pascale, merci pour votre témoignage et bravo pour tout le travail que vous avez accompli. Je serais très heureux de pouvoir vous interviewer pour notre magazine. Soyez assurée que cette interview s’effectuera dans le respect absolu de vos opinions et de vos choix de vie. Nous ne rencontrons que trop rarement des personnes qui ont arrêté la prostitution et votre parcours intéressera sans nul doute de très nombreuses personnes.
Vous pouvez me contacter par mail à espacepliege@gmail.com
Bien à vous,
Quentin Deltour

je n’ai pas eu à vous lire pour me sentir menacer par cette expultion, en effet les chose vont bien plus loin que cela et risque de tous nous toucher à différent niveau. permetez moi de vous faire une petite mise en situation de ce qui pourait vous arriver, votre femme comme tout les soir revient de son travail quand le soleil ne nous beigne plus de sa lumière, tout les soir il y à une bande de jeunes qui se font des petit bisnes au coins de la rue, souvent en voyant votre femme il se disent entre eux qu’ele est sexy, il arrivent à se convaincre que si votre femme se trouve la, c’est parce qu’elle meur d’envie de prendre du plaisir avec cette bande de lascart et tout les soir votre femme rentre indemne et sauf…
pendant ce temps ces lascart en question vont allez trainer pres des vitrine, se cotiseront et irront assouvir leur phantasme, quel domage que vous ne savez pas cela, car quelques jour apres, ces vitrinnes ferment leurs portes, les lascart n’assouvissent plus leur phantasme, et unn soir votre femme ne rentre pas…
si vous pensez que cela ne vous touche pas, faites vous le mème film… avec votre jeune fille de 14 ans…
a la place des loubart, un seul homme dont la vie sexuelle laisse vraiment à désirer, toute les semaine il passait voir mademoiselle x dans l’une de ces vitrinne, malheureusement pour vous mademoiselle x resemblait a votre fille, et comme un malheur n’arrive pas seul, lui aussi ne peut plus assouvir ses phantasme…
de plus à l’époque ou le système parle de relancer le pouvoir d’achat, il retire ce qui nous donne ce pouvoir, ces femme en vitrine achatte des coses cher, elle ont toute un gsm, parfois une voiture…
la prostitution est un paramètre de notre système cencé controler la folie de certains, et bien le parquet résoudra un “problème” pour en concevoir un nouveau, allez bonne chance les belges…

ayant été moi même client en belgique (je suis français) je pense que les fille encours moins de problème en maisons ou vitrine que près d’un parc public ou dans la rue irrépressibilité masculine c’est vrai mais le passage au voil doit etre puni pour prendre en charge la victime et celui qui commet le viol ca parait logique non ? moi personellement les prostitués mon beaucoup appris comme peut etre d’autre femmes l’aurait fait mais bon il m’arrive d’avoir des remords mai bon j’ai toujours essayé d’etre très gentil je me suis fait avoir une fois par une prostitué plutot alcoolisée et alcoolique mais je ne lui en veut pas. les client sont parfois des gens bizzare un gars qui passait en voiture m’a demandé une fois si je connaisais un couple qui se prostituait c’est vrai que l’aspect supermarché peu ici paraitre assez abberrant, mais dans la vie sexuelle non tarifé nous pouvons aussi choisir selon nos désir si on fais un tant soit peu attention a soit mais c’est souvent plus long c’est la problème nous voulons que tout aille vite même le sexe du calme .
Pour en revenir à emmanuelle jean marc dutroux habitait charleroi, Fourniret près de la frontiére belge la prostitution n’enpèche pas les gens de commetre des viols le bonheur sexuelle si . car le bien etre sexuelle et la prostitution (sur une quinzaine de fois j’ai approché le plaisir peut etre seulement 4 fois ) sont 2 choses différentes.
La prostitution je ne suis ni pour ni contre je suis pour le bien etre des prostitués si elle considére se quelle font comme un travail et pense s’accorder psychologiquement avec leur activités j’ai rencontrés 2 fois des personnes pour qui le termes proffessionel conviendrait ; et aussi pour le bien etre des client qui comme moi soufre d’un mal lié a la sexualité mon mal maintenant je le connait, à eux de le découvrir si il le veullent. aplus espere des réponses

excuser moi pour le manque de clarté de mon texte mais sinnon je le trouve assez bien dan le contenu

ancienne prostituée, je continue à me considérée comme prostituée en exercice même si cela fait 10 ans au moins que j’ai arrêté. donc la décision de fermer les salons ma révolté car c’est todi les p’tit qu’on sprôtch! mais je n’ai pas vu ni entendu d’action permettant de montrer votre révolte vis à vis de cette décision et votre soutient au maintient du commerce du sexe à ces endroits qui ont toujours accueillis les filles de joies car il faut le dire, écrire une lettre c’est mineur voir minable comme action, en tout cas pas suffisant pour faire retirer se projet en attendant des solutions alternatives comme la construction d’un eros ou des conteneurs… c’est ma connexion au web qui me permet de vous communiquer mes impressions car j’ai connu et fréquenter espace p au début de son existence. je sais que Madame [*******] vous a quitté pour des divergences sur les objectifs de l’association et vu le peu de réactions de votre part sur un sujet aussi VITAL me laisse à penser que la défenses de nos droits passe après votre existence. qu’auriez-vous fait si on vous fermait vos locaux?surement plus que d’écrire une lettre! majo de herstal

j’ai oublié de remettre un bonjour à Quentin qui est toujours fidèle au poste apparemment, et ce depuis de nombreuses années, qui nous a permis d’avoir une revue qui a été à la hauteur des moyens mis à sa disposition mais dont le dévouement a toujours été réelle et un des premier homme a intégrer la défense de nos droit. merci et bisousssss

Bonjour Majo,
J’espère que tu vas bien après tant d’années…
Je comprends bien ta colère si tu envisages que notre seule réaction à la fermeture des salons ait pu être cette seule lettre. Il se trouve que nous en avons fait bien plus, mais que rien n’a eu d’effet.
Nous avons dans un premier temps essayé de convaincre le bourgmestre que les raisons qu’il invoquait pour fermer le quartier étaient à côté de la plaque. En cours de route il a modifié ses arguments au gré des contre-arguments qu’on lui opposait, manifestement décidé à fermer les salons coûte que coûte. Nous avons également rencontré les chefs de file de l’opposition au Conseil Communal et même des alliés proches du bourgmestre pour les convaincre que la fermeture était inutile par rapports aux buts officiellement poursuivis et qu’elle résulterait en une catastrophe sociale pour le personnes prostituées. Nous avons également contacté TOUS les membres du Conseil et du Collège pour les informer de la réalité de la vie des personnes prostituées dans le quartier concerné par les menaces de fermeture et les risques encourus par elles si jamais leur lieu de travail disparaissait.
Dès l’instant où nous avons été avertis du risque de fermeture, nous avons oeuvré jour et nuit pour faire pression, pour contacter la presse, pour mobiliser les personnes prostituées… Mais tu sais comme moi que le milieu est dur à mobiliser. Nous avons aussi participé conjointement avec l’asbl D’une Certaine gaité à l’organisation d’une manifestation depuis de quartier de la Poste jusqu’au pied de l’Hôtel de Ville. Mais il y avait plus de travailleurs sociaux que de personnes prostituées !
Lorsque le vote de la fermeture est passé, nous avons mobilisé les femmes pour qu’elles prennent un avocat et nous leur avons trouvé l’un des meilleurs. Nous avons organisé la récolte des fonds pour payer l’avocat. Nous avons organisé rassemblé nous-mêmes les pièces les plus importantes du dossier. Mais le procès ne pouvait se faire en notre nom : seulement au nom des personnes concernées par la fermeture. Seule une d’entre elles a accepté de se mettre en avant pour que le procès se tienne. Et la veille du jugement (!), cette personne s’est désistée : ayant trouvé un autre travail, elle n’était plus concernée par la fermeture des salons et le procès tombait à l’eau.
Je ne pense pas que nous aurions pu faire plus que ce que nous avons fait. Nous avons consacré TOUT notre temps de travail et même plus à cette question. Et nous n’aurions pas fait mieux si l’on avait fermé nos bureaux.
Concernant Madame [*******] (désolé, j’ai supprimé son nom car je suppose qu’elle ne désire pas qu’on parle d’elle ici sans son accord), je peux juste te dire que les raisons de son départ ne sont pas DU TOUT liées à une divergence par rapport aux objectifs de l’association.
Quentin

Laisser un commentaire